Restructuring transfrontalier France–Maroc

Les groupes d'entreprises présents à la fois en France et au Maroc font face, en cas de difficultés, à une articulation complexe entre le Livre VI du Code de commerce français et le Livre V du Code de commerce marocain réformé par la loi 73-17. Cette dualité impose une stratégie procédurale et un calendrier coordonnés.

Contexte économique

Les liens économiques entre la France et le Maroc sont structurants : la France est l'un des premiers investisseurs étrangers au Maroc et de nombreuses entreprises françaises disposent de filiales marocaines (et inversement). Les difficultés d'une entité du groupe ont fréquemment des conséquences sur l'autre rive de la Méditerranée.

Absence de règlement uniforme

Contrairement aux procédures intra-UE (règlement Insolvabilité 2015/848), il n'existe pas d'instrument uniforme régissant la reconnaissance mutuelle des procédures collectives entre la France et le Maroc. Chaque procédure est traitée par les juridictions du lieu d'ouverture, sous réserve de l'exequatur.

Coordination des procédures

En présence d'un groupe franco-marocain en difficulté, une coordination étroite des procédures est indispensable : ouverture des procédures dans chaque juridiction selon les conditions locales, échanges entre administrateurs et syndics, séquencement des décisions stratégiques (cessions, plans, conversions de créances).

Convention bilatérale et exequatur

La convention franco-marocaine d'aide judiciaire et d'exequatur du 5 octobre 1957 facilite la reconnaissance des décisions judiciaires entre les deux États, sous réserve du respect des conditions de fond et de forme. La reconnaissance des jugements d'ouverture étrangers obéit aux règles classiques de l'exequatur.

Aspects fiscaux et garanties

Les opérations de restructuring transfrontalier soulèvent des questions fiscales spécifiques (convention fiscale franco-marocaine du 29 mai 1970, prix de transfert, abandons de créances entre sociétés liées) et de garanties (sûretés sur actifs situés au Maroc, garanties intragroupe).

Modalités d'intervention du cabinet

Audit franco-marocain préalable, stratégie procédurale coordonnée, ouverture concomitante ou séquencée des procédures, dialogue avec les administrateurs et syndics dans les deux pays, sécurisation des cessions transfrontalières, traitement des créances intragroupe, défense des dirigeants exposés à des actions personnelles dans les deux juridictions.

Questions fréquentes

Un jugement d'ouverture français est-il automatiquement reconnu au Maroc ?

Non. À défaut d'instrument international uniforme entre la France et le Maroc, la reconnaissance suppose une procédure d'exequatur. La convention bilatérale de 1957 facilite cette reconnaissance sous réserve des conditions classiques (compétence du juge d'origine, respect du contradictoire, conformité à l'ordre public marocain).

Peut-on ouvrir une procédure principale en France pour une filiale marocaine ?

Une procédure ouverte en France ne s'étend pas automatiquement à une filiale marocaine, qui dispose de sa propre personnalité juridique et relève des tribunaux marocains. Une procédure parallèle au Maroc est généralement nécessaire pour la filiale.

Comment coordonner les calendriers procéduraux ?

La coordination repose sur un dialogue contractuel entre les organes des procédures (administrateurs, syndics, mandataires), sous l'égide des avocats des deux pays. Aucun protocole formel n'est imposé, mais les bonnes pratiques s'inspirent des protocoles de coordination utilisés en matière d'insolvabilité internationale.

Quelles sont les sanctions personnelles encourues par un dirigeant franco-marocain ?

Le dirigeant peut être exposé à des sanctions dans chaque juridiction (interdiction de gérer, faillite personnelle, responsabilité pour insuffisance d'actif en France ; sanctions équivalentes au Maroc). Ces sanctions sont indépendantes et peuvent se cumuler.

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