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    Droit des sociétés en 2026 : SAS, SARL, gouvernance et opérations sur capital pour les PME

    24 avril 2026Mac Mahon Avocats9 min de lecture
    Droit des sociétés en 2026 : SAS, SARL, gouvernance et opérations sur capital pour les PME

    Droit des sociétés en 2026 : SAS, SARL, gouvernance et opérations sur capital pour les PME

    Une matière vivante au cœur de la vie de l''entreprise

    Le droit des sociétés constitue le socle juridique de toute structure exerçant une activité économique. Il définit les règles applicables à la création, au fonctionnement et à la disparition des personnes morales de droit privé. En 2026, sous l''effet conjugué de la loi PACTE de 2019, de l''ordonnance de 2021 sur les procédures collectives et de la loi du 9 mars 2023 transposant la directive européenne sur la mobilité des sociétés, la matière connaît une évolution constante qui exige une veille active.

    Cet article propose une synthèse pratique des questions les plus courantes rencontrées par les dirigeants de PME et d''ETI : choix de la forme sociale, vie courante, opérations sur le capital, pactes d''associés et responsabilités du dirigeant.

    SAS ou SARL : repères pour le choix de la forme sociale

    Le choix entre SAS et SARL reste l''une des décisions les plus structurantes lors de la création ou de la transformation d''une société. Chaque forme présente des caractéristiques propres qui doivent être confrontées au projet entrepreneurial et à l''évolution envisagée.

    La SAS : liberté statutaire et capacité d''accueil d''investisseurs

    La société par actions simplifiée (SAS), régie par les articles L. 227-1 et suivants du Code de commerce, se caractérise par une grande liberté statutaire. Les associés organisent comme ils l''entendent la gouvernance, les conditions de transmission des titres, la répartition des pouvoirs entre organes. La SAS peut émettre des valeurs mobilières complexes : actions de préférence avec droits financiers ou politiques différenciés, bons de souscription d''actions (BSA), bons de souscription de parts de créateur d''entreprise (BSPCE), obligations convertibles. Cette palette en fait l''instrument privilégié des opérations de capital-investissement, des levées de fonds startup et des structures appelées à évoluer rapidement.

    Le président de la SAS, ainsi que les éventuels directeurs généraux, sont rattachés au régime général de la sécurité sociale (statut d''assimilé salarié). Leur protection sociale est étendue mais le coût des cotisations est plus élevé qu''en SARL.

    La SARL : un cadre légal protecteur

    La société à responsabilité limitée (SARL), régie par les articles L. 223-1 et suivants, fonctionne dans un cadre légal plus rigide mais protecteur. Les modalités de prise de décision, les conditions de cession des parts, les pouvoirs des organes sont largement encadrés par la loi. Cette rigidité constitue paradoxalement une sécurité pour les associés peu familiers du droit des sociétés et pour les structures à actionnariat familial restreint.

    Le gérant majoritaire de SARL relève du régime des travailleurs non salariés (TNS). Les cotisations sociales sont plus faibles qu''en SAS, mais la couverture sociale est moins complète, en particulier pour les indemnités journalières et la retraite.

    Critères de décision

    Le choix entre les deux formes dépend principalement :

    • des perspectives d''ouverture du capital (la SAS est quasi obligatoire si l''entrée d''un fonds est envisagée à moyen terme) ;
    • de la composition et du nombre d''associés (la SAS s''accommode mieux d''un actionnariat évolutif) ;
    • du régime social souhaité par le dirigeant (assimilé salarié vs TNS) ;
    • de la fiscalité (impôt sur les sociétés par défaut dans les deux cas, option à l''impôt sur le revenu possible sous conditions).

    La vie courante de la société : assemblées et conventions

    La gouvernance courante, parfois désignée sous le terme de "secrétariat juridique", est souvent négligée par les dirigeants de PME. Pourtant, le défaut d''accomplissement des formalités annuelles constitue une source significative de risques : sanctions pénales, contentieux entre associés, difficultés en cas de cession ou de levée de fonds future.

    Assemblée générale annuelle

    Les SARL (article L. 223-26 du Code de commerce) et les sociétés par actions (articles L. 225-100 et L. 227-9) doivent réunir leurs associés ou actionnaires dans les six mois suivant la clôture de l''exercice pour approuver les comptes annuels. Le défaut de convocation expose le dirigeant à une amende pénale (article L. 242-10) et permet à tout intéressé de demander la désignation d''un mandataire ad hoc.

    Les comptes approuvés doivent être déposés au greffe du tribunal de commerce dans le mois suivant leur approbation. Le défaut de dépôt expose à une injonction sous astreinte du président du tribunal.

    Conventions réglementées

    Les conventions conclues entre la société et ses dirigeants ou ses associés significatifs, hors opérations courantes à conditions normales, sont des conventions réglementées. Elles requièrent une autorisation préalable du conseil ou une approbation par l''assemblée sur rapport spécial du commissaire aux comptes (articles L. 225-38, L. 227-10 et L. 223-19 du Code de commerce).

    L''omission de la procédure n''entraîne pas systématiquement la nullité de la convention, mais elle expose le dirigeant à une action en responsabilité dès lors qu''un préjudice est démontré pour la société.

    Registre des bénéficiaires effectifs

    Depuis l''ordonnance du 1er août 2017, toute société immatriculée doit déclarer ses bénéficiaires effectifs (personnes physiques détenant directement ou indirectement plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou exerçant un contrôle équivalent). Le registre des bénéficiaires effectifs (RBE) est déposé au greffe et mis à jour à chaque modification.

    Le défaut de déclaration ou de mise à jour est sanctionné par une amende pénale jusqu''à 7 500 € (37 500 € pour la personne morale), ainsi que par d''éventuelles restrictions de droits.

    Opérations sur le capital : augmentations, réductions, coup d''accordéon

    Les opérations sur le capital structurent la croissance de la société, l''arrivée de nouveaux investisseurs ou l''assainissement d''une situation financière dégradée.

    Augmentation de capital en numéraire

    L''augmentation de capital en numéraire suit un parcours rigoureux : décision de l''assemblée extraordinaire (ou du président de SAS sur délégation), libération minimale (un quart du nominal en SA et SAS, intégralité en SARL), dépôt des fonds chez un notaire, à la banque ou à la Caisse des dépôts, modification statutaire et formalités au greffe dans le mois.

    Lorsque les associés disposent d''un droit préférentiel de souscription (DPS), celui-ci doit être respecté ou supprimé par décision spéciale motivée, sur rapport du commissaire aux comptes lorsqu''il en existe un.

    Réduction de capital

    La réduction de capital peut être motivée par les pertes (apurement d''un report à nouveau négatif) ou non motivée par les pertes (rachat de titres pour annulation, distribution aux associés). Dans ce second cas, les créanciers disposent d''un droit d''opposition pendant un mois à compter du dépôt au greffe (article L. 225-205 du Code de commerce).

    Le coup d''accordéon

    Le coup d''accordéon désigne la combinaison d''une réduction de capital motivée par les pertes (souvent à zéro) et d''une augmentation de capital immédiatement consécutive. Cet outil est utilisé pour assainir une situation nette dégradée tout en faisant entrer un nouvel investisseur. La jurisprudence Usinor (Cass. com., 17 mai 1994, n° 91-21.364) admet la dilution massive des associés historiques dès lors que l''opération est nécessaire à la survie de la société.

    Capitaux propres inférieurs à la moitié du capital

    L''article L. 225-248 du Code de commerce impose au dirigeant, lorsque les capitaux propres deviennent inférieurs à la moitié du capital social, de consulter les associés dans les quatre mois suivant l''approbation des comptes. L''assemblée doit décider soit de la dissolution anticipée, soit de la régularisation dans un délai de deux ans. Le défaut de consultation engage la responsabilité du dirigeant et peut déclencher une demande de désignation d''un mandataire ad hoc.

    Pactes d''associés : un outil contractuel essentiel

    Le pacte d''associés est une convention conclue entre tout ou partie des associés, organisant leurs relations en marge des statuts. Il offre une confidentialité, contrairement aux statuts qui sont déposés au greffe et accessibles à tout intéressé.

    Clauses essentielles

    Les clauses les plus fréquentes concernent :

    • la gouvernance (composition des organes, décisions à majorité qualifiée, droits de veto, information périodique) ;
    • les transferts de titres (agrément, droit de préemption, sortie conjointe, obligation de sortie conjointe) ;
    • la liquidité (cession future, introduction en bourse, rachat) ;
    • la résolution des blocages (clause de buy-or-sell, expert) ;
    • la non-concurrence et non-sollicitation (limitées en durée, en espace et en activités, avec contrepartie financière le cas échéant).

    Articulation avec les statuts

    Le pacte n''est opposable qu''à ses signataires (article 1199 du Code civil). En cas de violation, le bénéficiaire peut généralement obtenir des dommages-intérêts, mais difficilement l''exécution forcée d''une cession. Les clauses dont l''efficacité dépend de l''opposabilité aux tiers (préemption, agrément) doivent figurer dans les statuts. La cohérence pacte/statuts est essentielle.

    Responsabilités du dirigeant

    Le dirigeant social engage trois types de responsabilité.

    Responsabilité civile

    Le dirigeant répond envers la société, les associés et les tiers en cas de violation des statuts, infraction aux dispositions législatives ou faute de gestion (articles L. 223-22 pour la SARL, L. 225-251 pour la SA). À l''égard des tiers, sa responsabilité personnelle suppose une faute détachable des fonctions, c''est-à-dire d''une particulière gravité incompatible avec l''exercice normal du mandat (Cass. com., 20 mai 2003, Seusse, n° 99-17.092).

    Responsabilité pénale

    Plusieurs infractions visent spécifiquement le dirigeant : abus de biens sociaux (articles L. 242-6 et L. 241-3 du Code de commerce), présentation de comptes inexacts, défaut de tenue d''assemblée, défaut de déclaration de cessation des paiements dans les délais légaux.

    Responsabilité fiscale

    L''article L. 267 du Livre des procédures fiscales permet au comptable public d''engager la responsabilité personnelle du dirigeant en cas de manœuvres frauduleuses ou d''inobservation grave et répétée des obligations fiscales rendant impossible le recouvrement des impositions dues par la société.

    Prévention des risques

    La prévention passe par une documentation rigoureuse des décisions, la traçabilité des analyses préalables (notes de risque, opinions juridiques), la souscription d''une assurance responsabilité civile des mandataires sociaux (RCMS) et, en cas de difficulté financière, le recours rapide aux outils de prévention (mandat ad hoc, conciliation).

    Conclusion

    Le droit des sociétés conjugue une part importante de pratique courante (vie sociale annuelle) et une dimension stratégique (opérations structurantes). La sécurisation juridique repose autant sur la rigueur du suivi quotidien que sur l''anticipation des opérations à venir. Les évolutions récentes — directive Mobilité 2023, simplifications PACTE, réformes du droit des entreprises en difficulté — confirment que la matière requiert une veille permanente et un dialogue régulier entre dirigeants, conseils internes et conseils externes.

    Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre purement informatif et ne constituent pas un conseil juridique. Elles ne sauraient engager la responsabilité du Cabinet Mac Mahon Avocats. Pour toute question spécifique à votre situation, nous vous invitons à consulter un avocat.

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